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Addictologie

Vendredi 1 décembre 2006

 

Des chercheurs du Centre de résonance magnétique biologique et médicale de Marseille ont récemment découvert un marqueur cérébral de l’alcoolisme chronique : le scyllo-inositol. Cette molécule est présente dans le cerveau des personnes alcoolodépendantes et absente de celui des sujets sains. Cette découverte offre des perspectives intéressantes dans la prise en charge des patients alcooliques.

 

Les modifications du métabolisme cérébral consécutives à l’abus chronique d’alcool sont encore méconnues. Cependant, de récents travaux menés au Centre de résonance magnétique biologique et médicale (CRMBM) de Marseille, par l’équipe d’Angèle Viola, ont permis la découverte d’un marqueur cérébral de l’alcoolisme chronique. Ce marqueur, le scyllo-inositol, est un sucre complexe qui provient d’une mauvaise métabolisation du glucose et qui s’accumule dans le cerveau des personnes souffrant d’alcoolisme chronique. Les travaux ont été soutenus par l'Institut de recherche scienctifique sur les boissons (Ireb), avec qui le CRMBM collabore depuis plus de dix ans.
La détection du scyllo-inositol a été possible grâce à une technique d’imagerie appelée spectrométrie de résonance magnétique (SRM). Cette technique non invasive est l’une des nombreuses applications médicales de la résonance magnétique nucléaire, au même titre que l’imagerie par résonance magnétique (IRM). « La SRM permet d’analyser et de visualiser les réactions chimiques qui se produisent dans les tissus et les organes sans avoir à faire de prélèvements. Ce qui équivaut à une biopsie virtuelle », explique Patrick Cozzone, directeur et fondateur du CRMBM.

Un signal surnuméraire sur le spectre des alcooliques

 


L’étude menée par l’équipe du Dr. Viola a consisté à dresser des « cartes métaboliques » cérébrales de plusieurs groupes de sujets et de les comparer entre elles. Trois groupes de sujets alcooliques plus ou moins « atteints » et un groupe de sujets « contrôles » ont participé à l'étude. Les sujets alcooliques les plus atteints manifestaient une encéphalopathie aiguë et ont été examinés en état d’imprégnation alcoolique. « C’est la première fois, en addictologie, que certains sujets étaient sous l’emprise de l’alcool au moment même de l’expérience », souligne Patrick Cozzone. Auparavant, les expériences n’avaient porté que sur des sujets en période de sevrage ou déjà sevrés.
Les images métaboliques obtenues par SRM ont révélé la présence d’une molécule inconnue dans le cerveau des personnes alcoolodépendantes, consistant en l’apparition d’un signal surnuméraire sur leur spectre cérébral. « L’équipe d’Angèle Viola a mis dix-huit mois pour identifier cette molécule », précise le Pr. Cozzone. Pour cela, il a fallu analyser les fluides biologiques des sujets alcooliques et les comparer à ceux des sujets sains. L’analyse a montré la présence d’une quantité importante de scyllo-inositol dans le liquide céphalorachidien et dans le sang des alcooliques. Le scyllo-inositol étant absent des fluides des sujets sains, l’anomalie cérébrale présentée par les patients alcooliques traduit la présence d’une quantité anormalement élevée de ce sucre dans leur cerveau.
La présence de scyllo-inositol dans le cerveau des personnes alcoolodépendantes est due à une mauvaise métabolisation du glucose, source principale d’énergie pour le cerveau. « En temps normal, le glucose, est dégradé par une voie métabolique appelée glycolyse. Chez les alcooliques, la glycolyse est perturbée et le glucose est indirectement transformé en scyllo-inositol », explique le Pr. Cozzone.

 


 

 « Un index de gravité de la dépendance à l'alcool »

 

 « Plus qu’un marqueur de l’alcoolisme, cette molécule est un index de gravité de la dépendance à l’alcool », affirme Patrick Cozzone. La concentration cérébrale du scyllo-inositol augmente avec le degré d'avancement des pathologies cérébrales liées à l’alcoolisme chronique. D’après le chercheur, « une concentration cérébrale anormale de scyllo-inositol serait un signe avant-coureur du développement d’une encéphalopathie. La détection au plus tôt de ce marqueur permettra de mieux suivre l’évolution de l’état cérébral du sujet alcoolodépendant et peut-être d’adapter les moyens thérapeutiques ».
L’équipe d’Angèle Viola a entamé de nouvelles recherches qui permettront de savoir si le scyllo-inositol est seulement un marqueur passif de l’alcoolisme ou si il est toxique en lui-même. « Nous avons constaté que la répartition du scyllo-inositol au niveau du cerveau est hétérogène. Il est plus concentré dans les zones les plus lésées par l’abus chronique  d’alcool, ce qui est plutôt en faveur d’une toxicité», précise Patrick Cozzone. « Toutefois, nous avons aussi constaté que la concentration cérébrale du scyllo-inositol diminue après sevrage », conclut-il sur un ton optimiste.

 
 

 

 

Par T. Salaün & N. Jullin
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Dimanche 3 décembre 2006

Des chercheurs du CNRS ont montré que des rats étaient plus attirés par la nourriture que par la cocaïne après une opération de neurochirurgie. Cette découverte permet d’envisager un traitement neurochirurgical pour la dépendance aux drogues.
 


Des chercheurs du laboratoire de neurobiologie de la cognition de l’Université d'Aix Marseille 1 ont montré qu’après lésion du noyau subthalamique – une aire du cerveau associée à la motricité - la motivation de rats pour la cocaïne était diminuée et qu’elle était augmentée pour les « récompenses naturelles » comme la nourriture. 

 

Pour le démontrer les chercheurs ont fait différents tests comportementaux sur des rats ayant subi une opération neurochirurgicale. Pour une première série d’expériences les rongeurs ont appris à appuyer sur un levier pour s'auto-administrer de la cocaïne ou pour obtenir une boulette de nourriture. Les rats dont le noyau subthalamique a été détruit font moins d'efforts que les rats témoins pour obtenir de la cocaïne et en déploient plus pour avoir de la nourriture. Dans un deuxième test, les rats sont placés dans une boîte à deux compartiments, l'un où ils reçoivent de la cocaïne, l'autre du sérum physiologique. Quand ils ont le choix, les rats témoins restent dans le compartiment où ils reçoivent de la cocaïne alors que ceux qui ont le noyau subthalamique lésé se promènent d'un compartiment à l'autre. Lorsque le même test est réalisé avec de la nourriture, les résultats sont inversés.  

Chez l’homme, une intervention chirurgicale du même type est actuellement pratiquée chez les patients parkinsoniens pour améliorer leurs capacités motrices. Il serait donc envisageable de l’utiliser pour les sujets dépendants à la cocaïne.

 

Par N. Jullin
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